L’interdiction des ampoules traditionnelles: une vraie fausse bonne idée

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par PIERRE BACHER, auteur Energie en 21 questions

La Commission Européenne a décidé d’interdire la vente des ampoules traditionnelles, à partir de 2009 pour les ampoules de 100 W et au plus tard en 2012 pour toutes les ampoules. Décision symbolique, recommandée en France par le Grenelle de l’environnement et annoncée dans la loi Grenelle I. 

Le symbole est fort : tous les citoyens de l’Europe vont pouvoir (et devoir) ainsi contribuer aux économies d’énergie et à la protection du climat. On serait tenté d’applaudir des deux mains. Résistons à ce plaisir et regardons d’un peu plus près quels en seront vraiment les impacts économiques et environnementaux. Auparavant, il faut avoir en tête que l’éclairage est utilisé beaucoup plus en hiver et en demi-saison qu’en été (on peut estimer ¾ du temps en France et en Europe) et que ceci correspond aussi aux périodes où on se chauffe. Il en résulte que les ¾ de l’énergie dépensée en éclairage contribuent au chauffage. Pour un logement moyen qui dépense 20000 kWh en chauffage, l’éclairage peut représenter ainsi 5 à 10 % de l’énergie consommée.

  

Une mesure coûteuse

Une ampoule basse consommation coûte 10 fois plus qu’une ampoule traditionnelle. On nous dit qu’en Europe, ce sont 4,2 milliards d’ampoules à incandescence qui sont appelées à disparaître (en moyenne 10 par Européen); sauf baisse importante des prix, cela coûtera entre 30 et 60 milliards € étalés sur une période de 4 ans (autour de 100 € par Européen). On nous dit que les économies d’énergie réalisées permettront de récupérer ces dépenses, grâce à la grande longévité des nouvelles ampoules : ce n’est que très partiellement vrai puisque, nous l’avons vu, l’énergie économisée pour l’éclairage devra, les ¾ du temps, être remplacée par une demande supplémentaire d’énergie pour le chauffage. Ainsi une ampoule de 100 W utilisée 100 heures par an (soit 10 kWh dans l’année) ne permettra d’économiser que 2,5 kWh dans l’année (en été) et ne sera remboursée qu’en 50 ans ! Seules les ampoules allumées plusieurs centaines d’heures dans l’année mériteraient d’être remplacées !

 

Un impact industriel problématique

Face à l’urgence imposée, la grande majorité des ampoules basse consommation sera importée d’Asie (Inde, Chine, Vietnam). Les usines européennes devront se reconvertir (elles n’auront pas le temps d’ici 2009) ou fermer : à l’heure où on cherche par tous les moyens à sauver les emplois et à réduire le déficit de la balance commerciale, la précipitation européenne est injustifiable.   

 

Un  impact environnemental mitigé

En dehors des boutiques (et plus particulièrement des grandes surfaces) qui éclairent a giorno toute l’année et consomment de l’électricité pour évacuer l’excès de chaleur apportée par l’éclairage, le bénéfice en termes de réduction des émissions de CO2 est très mitigé et dépend du mode de chauffage utilisé. Trois cas de figure se présentent :

Un chauffage au fioul ou au gaz (plus de (50 % des consommations de chauffage) : vous devrez augmenter un peu (quelques %) votre chauffage pour compenser la diminution de l’énergie de l’éclairage ; et vous augmenterez à la fois votre dépense de chauffage et les rejets totaux de CO2.
Un chauffage à l’électricité (environ 30 % des consommations) : le bilan est quasi nul, tant en électricité qu’en rejets de CO2 puisque vous allez remplacer les ¾ des kWh de l’éclairage par des kWh de vos radiateurs électriques.
Un chauffage par des énergies renouvelables avec ou sans pompe à chaleur (bois, solaire, géothermie…) : C’est le seul cas où le remplacement des ampoules apportera une réelle diminution des rejets de CO2 qui vous sont imputables. En échange, vous brûlerez un peu plus de bois ou utiliserez un peu plus votre pompe à chaleur.

On constate que dans la très grande majorité des cas, le bilan environnemental est négatif ou nul et le remplacement des ampoules purement et simplement stupide.

 

En définitive, les ampoules à basse consommation ne sont intéressantes, en termes d’économie d’énergie et de réduction des rejets de CO2, que dans des cas bien précis, qui ne représentent qu’une fraction de l’éclairage, probablement inférieure à 25 %. Les imposer systématiquement en retirant de la vente les ampoules traditionnelles est un double non-sens, économique et environnemental. C’est vraiment une fausse bonne idée. En revanche, il serait parfaitement légitime d’inciter les usagers à utiliser ces ampoules partout où elles présentent de l’intérêt, d’accompagner cette politique d’une réelle volonté d’éliminer à terme les chauffages au fioul et au gaz, et de donner une feuille de route claire aux industriels pour qu’ils puissent adapter leurs usines de fabrication.  Personnellement, je me constituerai un stock d’ampoules à incandescence me permettant de tenir quelques années.

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